J’ai toujours vécu plus ou moins en nomade. Ainsi, à l’âge de 16 ans, je décidai d’emménager dans la chambre de ma soeur, partie de la maison depuis peu. Le lit y était double, le bureau plus large et l’armoire d’une taille collossale. J’y déplaçai donc vêtements et cahiers de 1ère. C’est dans cette chambre que j’en vins, entre autres choses, à réviser mon bac de Français, à parcourir le corps de mon premier amoureux et, plus tard, à sécher religieusement mes premières années d’AES et d’IUT Tech de Co. C’est aussi cette chambre qui me vit faire mes bagages pour le sud de l’Angleterre un soir d’avril 2004 et, le jour du départ, dire au revoir à mon deuxième amoureux, entre deux sanglots de presque-adulte de 19 ans. À mon retour et fraîchement acceptée en première année de fac d’Anglais cette fois, je décidai que cette chambre comptait désormais beaucoup trop de souvenirs - des bons comme des mauvais - et qu’il ferait mieux vivre dans ma chambre de petite fille, celle au lit une place et vierge de tout drame adolescent, que j’avais quittée près de 4 ans plus tôt. Je m’appliquai donc à décorer les murs de photos et posters, et à remplir les étagères de trésors dont moi seule pouvait comprendre la valeur, créant ainsi le parfait cocon pour ma crise d’adolescence à retardement.
Le retour après mon été en Terre Promise fût difficile. Je n’aimais guère le goût de Paris, ni celui de ses transports qui me faisaient valdinguer de ligne 7 en ligne 10 et vers le RER pour finalement me balancer dans le bus qui me ramènerait dans ma banlieue en haut de la forêt. Et du fond de l’amphi de Civilisation Britannique, je passai les premières semaines à passer en revue les souvenirs d’un temps non-lointain où j’avoisinais encore les 50 kilos et où tout semblait facile. Pendant les mois qui suivirent, j’appris à aimer Paris et les interminables trajets en bus/RER/métro. Avec ma jolie blonde à mes côtés, j’entrepris de reconstruire une image de moi un peu moins laide que celle que me renvoyait le miroir. Forte de cette nouvelle amitié, je perdis quelques kilos et appris à gagner les concours de tequila paf, ainsi qu’à feindre la confiance en moi, suffisamment pour attirer à nouveau les regards des garçons. Ceux qui se posèrent sur moi entre avril et octobre 2005 m’apprirent, entre autre, qu’il ne fallait pas faire confiance aux musiciens/guitaristes. Quelque 11 mois plus tard, la bataille contre le CPE gagnée et mon contrat Erasmus en poche, je me retrouvai à faire de nouveau mes valises pour la Terre Promise. Cette fois-ci, néanmoins, les au-revoir à ma petite chambre prirent une allure d’adieu.
Aujourd’hui, trois ans plus tard, ma jolie blonde est mariée et je suis install
ée en Terre Promise. La semaine dernière, j’ai du me résoudre à ranger tous les trésors de mon ancienne chambre dans des boîtes en carton pour que ma mère puisse rendre l’appart maintenant qu’elle n’y habite plus. J’ai souri, beaucoup, et versé un soupçon de nostalgie, en retrouvant certains vestiges de ma vie passée - mon journal de 1995, mes cours de phono de 1ère année, mon dossard Non au FN d’avril 2002 et celui Censier en grève de mars 2006, ma carte de lycéenne, mon premier billet d’Eurostar, la setlist de Mudflow à Paris Plage 2005, des allumettes du Piano Vache, des baguettes du café Rovin, mes photos de classe de primaire, ma place de concert des Duke Spirit à la Maroquinerie et d’innombrables projets créatifs avortés…
Comme moi, tous ces objets devront désormais vivre en transit quelques années en attendant qu’on leur trouve une maison, une vraie, où chaque petite boîte à trésors aura sa place. Je les imagine bien dans une grande armoire en bois, à côté de nos livres et de nos albums photos. Mais pour l’heure, il me reste les jolis souvenirs et les mélodies lointaines.
